Comme si…

Comme si tout pouvait être rattrapé (1989, Bruxelles) (English follows)

Je la regarde s’asseoir.
Je sais qu’elle est venue pour moi, juste pour moi.
Comme si cet instant allait tout rattraper.

Elle s’assied en tailleur, je l’attendais pour une fois.
Gênée ou mal à l’aise, elle baisse les yeux.
Elle me demande de s’expliquer. Pourquoi pas ?
Comme si ces cinq minutes allaient tout rattraper.

Elle relève son regard et m’observe.
Je baisse les yeux, mal à l’aise, pourtant je ne suis pas fautive.
J’ai peur de trahir mon émotion. J’ai envie de lui dire…
toute la haine mûrie pendant toutes ces années.

Elle a envie de me dire peut-être combien elle regrette,
combien elle n’avait pas voulu le faire mais il le fallait.
Elle parle dans le vide de n’importe quoi. Elle m’étonne.
Elle vit, elle a vécu pendant tout ce temps.
Elle s’arrête et me dit tout bas que j’ai changé,
qu’elle est contente de me voir.
Comme si toutes ces paroles allaient tout rattraper…

Je souris, je la fixe pour qu’elle ne me regarde plus.
Je lui demande ce qu’elle a fait pendant tout ce temps-là.
Elle s’empresse de me dire que vu les circonstances,
c’était la seule solution à choisir.
Elle ne me répond pas à la question.
Je l’écoute parler maladroitement.
Elle est perdue. L’émotion l’a prise.
Je détourne les yeux vers la fenêtre.
Comme si cela pouvait tout soulager…
Elle me dit qu’elle est mariée.
Elle ne me dit pas si elle a des enfants.
Je n’ose pas le lui demander.

Elle me demande ce que je fais, si je suis heureuse.
Je luis réponds que c’est bien mieux sans elle.
Elle me regarde. Elle a le regard qui me fait pitié.
Comme si cela pouvait tout rattraper…

J’en suis gênée. Elle a gagné.
Elle éclate en sanglots, cache son visage,
me demande pardon… j’ai gagné !
Comme si cela pouvait tout rattraper.

(c) 1989 mihee-nathalie lemoine

As if everything could be made up (1989, Brussels)

I look at her sitting,
I know she came for me, only for me.
As if this moment could make it all up.

She sits crossing her legs, I waited for her for once.
Shy or uncomfortable, she looks down.
She asks if she may explain herself. Why not?
As if these five minutes could make it all up.

She looks up and observes me.
I look down, uncomfortable, even though I am innocent.
I am afraid to betray my emotions.
I want to tell her … all the accumulated hate.
Maybe she wants to tell me how much she regrets,
how much she didn’t want to do it but that she had to.

She talks about anything and nothing.
She surprises me. She’s alive, she has lived during all this time.
She stops and murmurs to me that I’ve changed, she’s glad to see me.
As if these words could make it all up…

I smile, I stare at her, to make her look away.
I ask her what she did during all this time.
She hastens to tell me that due to the circumstances, it was the only solution.
She doesn’t anwer my question. I listen to her talking. She is lost.
Emotions have overcome her. I look away, towards the window.
As if this could make her feel better…

She tells me that she’s married.
She doesn’t say if she has children.
I don’t try to ask. She asks me what I am doing, if I’m happy.
I answer that it is better without her. She looks at me. I feel pity.
As if that could make it all up.

(c) 1989  mihee-nathalie lemoine

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