Le Monde-2002

La quête d’identité d’une “Coréenne de nulle part”

Soleil-Levant et Matin-Calme 
Par Philippe Pons, LE MONDE, France, 23-24 juin 2002

Mihee Cho ou Nathalie Lemoine ? Il a fallu dix ans à cette Coréenne de naissance, adoptée par une famille belge, pour résoudre le rebus de ses identities. Dix ans de “descente à la limite de mon être”, dit-elle. Pour calmer une rage au Coeur qui étouffait ses emotions, pour découvrir la tolerance et une certaine paix avec soi-même, pour accepter le déracinement. Un cheminement solitaire, douloureux, qui aujourd’hui s’épanouit dans la creation. Artiste peintre, exposant régulièrement en Corée, Mihee-Nathalie joue des symbols careens comme des techniques occidentale et asiatique, avec une désinvolture où la sensibilité se masque d’humour.

Le sourire reste nostalgique, mais l’amertume provocatrice d’autrefois (“Ma coréanité sent la frite et ma belgitude sent le Gimchi [chou fermenté]”) s’est estompée. Mihee pense tourner un film sur l’adoption: “Il ne s’agirait pas d’une histoire personnelle, mais de peindre ce par quoi nous passons, nous, les adoptés.” Pour Mihee, ce sera boucler la boucle, car tout pour elle a commence avec un autre film, Adoption, pour lequel elle remporta le prix du Festival du court-métrage video et Super * de Bruxelles en 1988 et qui a été sélectionné cette année par la Biennale de Gwnagju. Elle avait 20 ans.

Date de naissance fluctuante, souvenirs obsédants d’un marché au poisson – où peut-être elle avait été abndonnée – et le choc pour l’enfant de 2 ans qu’elle était de voir ces yeux bleus et ces boucles blondes à l’arrivée à l’aéroport de Bruxelles. Un an après avoir obtenu le prix, elle se rend à Séoul avec un groupe d’adoptés amréricains et européens invites par le gouvernement coréen. “Auparavant, lorsque je cherchais à me documenter, le Centre culturel coréen me fermait la porte au nez : “Vous n’avez rien à faire ici puisque vous n’êtes pas Coréenne.” Cette fois, j’étais un peu reconnue, alors on m’invitait…”, raconte-t-elle. Ce contact la bouleversa et, à son retour au plat pays, elle organisera la premiere association belge d’adoptés. Elle reviendra à Séeoul deux ans plus tard. Pour un an. Elle y est toujours.

La Corée n’est pas qu’un ays exportateur de biens : elle “exporte” aussi ses orphelins. Sur les 5,3 millions de Coéens vivant à l’étranger, 200 000 sont des enfants adoptés au cours des cinq dernières décennies. Après avoir légèrement baissé, le flux avait repris à la suite de la crise financière de 1997-1998 (le nombre des enfants parties à l’étranger à augmenter de 9,3% pour atteindre 2 250 sur 9 292 enfants abandonnés en 1998). Aujourd’hui, il s’est à nouveau ralenti.
Mihee fait partie de la première generation d’adoptés – celle de la décennie 1960-1970 – qui, tout en éprouvant une reconnaissance mitigée par les familles d’accueil, ont souffert de ne pas connaître la terre de leur naissance. “Avant de venir ici, j’étais une Coréenne de nulle part”, explique Mihee. Mais, une fois, sur place, tout n’a pas été facile. : “On veut être comme tout le monde. De prime abord, on passé inaperçu, mais, dès qu’on ouvre la bouche, on ne l’est plus parce que l’on parle mal la langue. On découvre le racisme aisatique. Pour les Coréens, on reste des enfants, et ce n’est pas facile de se faire accpeter comme adulte.”

Comme beaucoup d’adoptés Mihee s’est mise à la recherché de sa mère biologique, qu’elle a d’ailleurs retrouvée : “Nous n’avions pas grand chose à nous dire, mais au moins je savais.” Vivant d’exédients avant d’être reconnue en tant qu’artiste, Mihee organisa une association, Korean Overseas Adoptees (K.O.A.), pour venir en aide aux adoptés qui débarquent en Corée en quête de raciness et décrouvent qu’ils ne sont pas les bienvenus. Grâce à la pression de son association, ils peuvent désormais obtenir un visa de deux ans. Conjugant art et action sociale en faveur des adoptés, Mihee et Kate Hers ont constitué un réseau d’artistes de a diaspora coréenne, publié un annuaire illustré de leurs oeuvres, Overseas Korean Artists yearbook, et mis en place un webblog (http://starkimproject.com)

Pour Mihee, les questions acides s’estompes devant la reconnaissance d’un travail d’artiste aux multiples facettes. L’humour l’emporte désormais surl’ironie acerbe : au “Et toi, d’où es-tu ?”, une de ses peintures de 1992, répond sa récente exposition au centre culturel français de Séoul : “L’habit ne fait pas le moine”, images manipulées à partir d’un habit de moine decompose qui jouent sur son nom de famille belge.

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